jeudi 2 janvier 2014

Dungeon Farmer (LD28)



En plus d'être un jeu, Dungeon Farmer a les mêmes fonctions qu'une certaine Dolorean. N'étant qu'une interface où les graphismes sont quasi-inexistants, on a l'impression de se retrouver aux commandes d'une Commodore. Il nous fait faire un énorme saut dans le passé tout en présentant une grande originalité. Dr_V a eu l'idée saugrenue de rassembler deux genres totalement différents en un seul, d'un côté le Dungeon crawler, vieux comme le monde, réservé aux joueurs les plus hardis, et le jeu de gestion (d'une ferme le plus souvent), qui existait déjà avec des jeux comme Harvest Moon, mais qui ne s'est fait reconnaitre que très récemment grâce aux réseaux sociaux ; et qui dit réseau social dit on ne peut plus casual. Pourtant, ce mélange improbable marche plutôt bien car chacun des deux genres est connu pour sa très grande addictivité. De ce fait, rassembler ces deux genres donne théoriquement un niveau d'addictivité à peu près égal à un (possible?) mmorpg Pokémon  
Commençons par la partie gestion, qui est la mieux traitée. Normalement je me lasse de n'importe quel jeu de gestion au bout d'une ou deux heures parce qu'il y a un élément de poids qui leur fait toujours cruellement défaut, le but. Ce qui pourrait s'apparenter au but des jeux de gestion est d'amasser un maximum d'argent tel un Picsou, argent totalement inutile puisqu'on ne peut rien en faire (à part agrandir son terrain pour augmenter ses revenus et créer un cercle vicieux infernal), même pas se baigner dedans. Par contre, Dungeon Farmer est parvenu à instaurer un but au jeu de gestion, qui plus est vraiment attrayant. Les ressources récoltées permettront de crafter son équipement et du même fait d'améliorer son efficacité durant l'exploration du donjon. Il y a un véritable intérêt à produire une ressource plutôt qu'une autre. La gestion se couple en fait très bien avec le dungeon crawling et on se sent plutôt libéré de pouvoir s'équiper sans avoir recours à des pnj ou des génocides de monstres. 
Seulement, si la partie gestion est bien faite (à part les cases de plantation supplémentaire hors de prix), la partie donjon manque malheureusement de panache. Tout s'effectue automatiquement, ce qui enlève tout l'intérêt du genre, à quoi s'ajoute le fait que la mort n'est en aucun cas pénalisante ; ce qui est assez particulier pour un genre qui se définit presque par la permadeath. C'est dans cette partie exploration que Dungeon Farmer dévoile ses faiblesses ainsi que son manque criant de rapport au thème de ce Ludum Dare. Rien qu'une permadeath aurait complètement changé le jeu (et l'aurait fait rentrer dans le thème), sans celle-ci, la gestion qui semblait avoir enfin trouvé un but retombe au plus bas. Le challenge est inexistant dans Dungeon Farmer, la seule chose à faire est d'attendre d'avoir notre équipement amélioré par notre production pour lancer l'exploration automatique une énième fois et finir le jeu. S'il y avait une permadeath, on y réfléchirait à deux fois avant de partir à l'aventure, en se demandant s'il ne vaut pas mieux produire encore un peu d'équipement ou non, et tous les efforts générés durant la partie gestion ne seraient pas vains. Ce qui permettrait également de rajouter la dose de stratégie et de tension immanente à un dungeon crawler. 
Dungeon Farmer, dans l'idée, offre une bonne dose de nouveauté aux deux genres qui le compose, la gestion et le dungeon crawling. Si la gestion est bien réalisée et améliorée par rapport à la recette originale, la partie donjon fait défaut. Autant la partie gestion est maitrisée, autant la partie donjon est ratée. Ce jeu, pour peu que l'exploration du donjon soit retravaillée et améliorée, promet beaucoup. Il est dur de tout prendre en compte en 48h et on sent que le temps à fait défaut au développement de nouvelles idées. Cependant, il est facilement envisageable d'améliorer Dungeon Farmer en faisant vraie partie exploration, l'automatisation lui enlevant tout son charme . Voire, pourquoi pas, un vrai dungeon crawler avec une petite part de gestion dedans. Dungeon Farmer a fait le premier pas vers la rencontre entre deux genres apparemment impossibles à concilier tant le public visé est différent et même s'il n'y parvient pas parfaitement, il ouvre la voie à d'importantes possibilités d'innovation.

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Poulpe